En ouvrant le panier vapeur, la cuisine devient Katmandou
Les jours où l’on façonne des raviolis, la cuisine se met un peu en désordre : le saladier de pâte, l’oignon haché, l’odeur du gingembre, la petite coupelle d’eau à portée de main. Des ingrédients qui pourraient finir en gyoza poêlés, mais si l’on étale la pâte finement et qu’on dispose les raviolis dans le panier vapeur, on aboutit aux momos (momo / मःम) népalais.
Les momos sont l’en-cas national du Népal : une fine pâte de farine de blé qui enferme une farce de viande ou de légumes, cuite à la vapeur et mangée avec un achar épicé à base de tomate. À Katmandou, on en trouve partout, des petites gargotes aux adresses spécialisées, et à la maison les rôles se répartissent naturellement entre « ceux qui façonnent », « ceux qui cuisent » et « ceux qui préparent l’achar » : un plat très convivial.

À la maison, on hésite entre pâte maison et feuilles à raviolis du commerce. En résumé : pour un premier essai, de grandes feuilles à gyoza du commerce font l’affaire. Mais pour une texture de momo, la pâte doit être un peu plus épaisse que pour des gyoza poêlés, la farce assez liée pour retenir son jus, et la sauce non pas vinaigre-soja, mais un achar de tomate grillée et de sésame.
Si le dal bhat (en japonais) est le repas quotidien du Népal, les momos sont le plaisir des jours où l’on se réunit. Cet article part d’une version maison au poulet haché, puis s’élargit aux momos façon buff, aux momos végétariens et aux jhol momos. Il part d’ingrédients faciles à trouver et distingue ce qu’on peut remplacer de ce qu’il faut garder comme cœur du goût.
En anglais, on écrit momo ; en népali, मःम. Comme nom de plat, on ne se soucie guère du singulier ou du pluriel. Cet article emploie « momos népalais ».
Le contexte : du commerce avec le Tibet à la table népalaise

L’origine des momos est difficile à fixer. Le Smithsonian Magazine explique qu’on considère généralement que les momos se sont implantés au Népal par le commerce avec le Tibet, tout en rappelant que plusieurs récits subsistent, impliquant les marchands newar, peuple autochtone de la vallée de Katmandou, et des migrations dans la région himalayenne.
L’essentiel est que les momos ne sont pas « le ravioli tibétain tel quel » : ils se sont parfumés au Népal. Les momos de tradition tibétaine tendent vers un goût simple centré sur le gingembre, tandis que les momos népalais utilisent ail, oignon, cumin, coriandre, timur (poivre du Népal) et coriandre fraîche, avec beaucoup d’achar à la tomate ou au sésame.
À Katmandou, on voit surtout des momos blancs à la vapeur, des kothey momos colorés d’un côté, des jhol momos dans une soupe épicée et des momos frits. Les buff momos au buffle sont aussi un classique, mais le buffle étant difficile à trouver, le poulet ou le porc haché sont plus réalistes à la maison.
| Type | Place sur place | À la maison |
|---|---|---|
| Momo vapeur | Le plus basique. Vapeur et achar | Le choix du premier essai. Peu d’échecs |
| Buff momo | Au buffle. Très apprécié à Katmandou | S’en approcher avec un mélange bœuf-porc ou du porc haché |
| Momo au poulet | Facile en famille et dans les restaurants népalais à l’étranger | Le haut de cuisse haché est le plus simple |
| Momo végétarien | Chou, champignons, tofu, fromage… | Tofu égoutté et champignons pour compenser le jus |
| Jhol momo | Nappé d’une soupe épicée fluide | S’obtient en détendant l’achar à l’eau |
| Kothey momo | Grillé d’un côté puis cuit à la vapeur | Va bien avec les feuilles à gyoza du commerce |
La différence avec les gyoza japonais tient non pas au grillé, mais à la « vapeur » et à la « sauce ». Le gyoza poêlé croustille dessous et se mange au vinaigre-soja ou à l’huile pimentée. Le momo, cuit à la vapeur, a une pâte moelleuse et se mange avec les parfums de tomate, sésame, piment, ail et timur. En respectant cela, la même farine et la même viande hachée donnent un plat bien différent.
Ingrédients (pour 4 personnes, environ 28 momos) : penser d’abord au jus et à l’achar

Pour 4 personnes en repas léger, comptez environ 28 momos. Pour un vrai dîner, un dal simplifié inspiré du dal bhat (en japonais) ou des légumes verts sautés évitent un repas fait uniquement de viande et de farine.
Pâte
| Ingrédient | Quantité | Substitutions et remarques |
|---|---|---|
| Farine de blé tout usage | 300 g | Ou 200 g de farine faible + 100 g de farine de force |
| Sel | 1/2 c. à café | Donne du goût à la pâte |
| Huile neutre | 2 c. à café | Évite que la pâte ne sèche |
| Eau tiède | 150–170 ml | À ajuster selon la farine |
Farce au poulet
| Ingrédient | Quantité | Substitutions et remarques |
|---|---|---|
| Haut de cuisse de poulet haché | 450 g | Porc haché ou mélange bœuf-porc conviennent |
| Oignon | 1/2 (100 g) | L’oignon rouge est plus proche de l’original |
| Chou | 120 g | Le chou chinois convient. Bien presser l’eau |
| Ciboule | 2 tiges | Émincée |
| Coriandre fraîche | 20 g | Si vous ne l’aimez pas, plus de ciboule |
| Ail | 2 gousses | Râpé |
| Gingembre | 1 morceau | Râpé |
| Cumin en poudre | 1 c. à café | Torréfier et moudre les graines renforce le parfum |
| Coriandre en poudre | 1 c. à café | À ne pas omettre |
| Timur | 1/3 c. à café | À défaut, un peu de poivre du Sichuan + poivre noir |
| Sel | 1 c. à café | Lie la viande |
| Poivre noir | 1/3 c. à café | Le poivre blanc convient |
| Huile neutre | 1 c. à soupe | Aide le jus. Sans abuser de l’huile de sésame |
| Eau ou bouillon de poulet | 2 c. à soupe | À incorporer petit à petit |
Achar tomate-sésame
| Ingrédient | Quantité | Substitutions et remarques |
|---|---|---|
| Tomates | 3 (environ 450 g) | Bien mûres. Fraîches plutôt qu’en conserve |
| Sésame blanc | 3 c. à soupe | Torréfier puis moudre, pas de sésame déjà moulu |
| Piments séchés | 2 | Épépinés pour moins de piquant |
| Ail | 1 gousse | Grillé, il est plus rond |
| Gingembre | 1 cm | Garder son parfum frais |
| Huile de moutarde | 1 c. à soupe | À défaut, huile de riz + un peu de moutarde |
| Jus de citron | 1 c. à soupe | Le citron vert convient |
| Timur | une pincée | À défaut, un soupçon de poivre du Sichuan |
| Sel | 1/2 c. à café et plus | À ajuster en goûtant |
| Eau | 2–5 c. à soupe | Davantage pour des jhol momos |
Cette recette contient du blé, du poulet et du sésame. Les feuilles à raviolis du commerce peuvent contenir soja, œuf ou lait selon les produits. Même pour des momos végétariens, vérifiez l’étiquette de la pâte et des condiments.
Ingrédients et ustensiles pour ce plat
Le timur donne aux momos un parfum qui fait la différence, mais inutile d’en acheter un grand sachet d’emblée. À défaut, utilisez un peu de poivre du Sichuan, sans trop insister sur l’effet engourdissant.
Un panier vapeur en bambou évite que la surface de la pâte ne colle et se pose directement sur la table. Un cuit-vapeur métallique convient aussi, avec un torchon ou du papier cuisson pour éviter que les momos n’attachent.
Si vous faites l’achar, torréfiez le sésame blanc et écrasez-le grossièrement au mortier : il embaume. Un robot convient, mais un achar avec un peu de grain accroche mieux aux momos qu’une sauce trop lisse.
Préparation : ne pas trop farcir, cuire grâce au temps de vapeur

Les momos ont l’air difficiles, mais la plupart des échecs tiennent à trois choses : trop de farce, une pâte qui sèche, des momos qui collent au panier. Plutôt que de viser un pliage parfait, réglez l’humidité de la pâte et la quantité de farce.










