Italie

Tortellini : les petites pâtes farcies de Bologne en bouillon

Les tortellini, petites pâtes farcies des environs de Bologne : fine pâte aux œufs, farce au porc et au jambon cru, pourquoi on les mange en bouillon, pliage, conduite du feu, conservation, causes d’échec et substituts à la mortadelle, pour une cuisine domestique.

Cette recette a été traduite de l’original japonais par l’équipe éditoriale de Sekai Gohan. Lire l’original (japonais)

  • Préparation1 h 20 min
  • Cuisson35 min
  • Total1 h 55 min
  • Portions4 personnes (environ 48 pièces)
  • NiveauIntermédiaire

Petits tortellini flottant dans un bouillon limpide, avec du parmesan : les pâtes farcies de Bologne

L’histoire des tortellini : de petits anneaux flottant dans le bouillon d’hiver

On casse les œufs sur la farine étalée, on les mélange peu à peu du bout des doigts, et soudain la cuisine sent comme l’arrière-boutique d’un fabricant de pâtes. Sur la pâte jaune étalée finement, on dépose un tout petit peu de farce de viande, de fromage et de muscade, on referme en triangle, puis on enroule autour du doigt. Quand quelques dizaines s’alignent sur le plan de travail, ce n’est plus un simple déjeuner, mais un plat qu’on a envie d’attendre en silence, assis à table.

Table avec des tortellini servis en bouillon
Les tortellini, petites pâtes farcies servies dans un bouillon limpide, un plat des environs de Bologne

Les tortellini (Tortellini ; turtlén en dialecte bolognais) sont des pâtes aux œufs farcies, étroitement liées à l’Émilie-Romagne, en particulier à Bologne et Modène. Leur forme a plusieurs origines supposées, mais on raconte souvent la légende du nombril de Vénus. L’histoire a beau être un peu exagérée, quand on forme soi-même le petit anneau du bout des doigts, on comprend que c’est cette forme refermée sur elle-même, et non celle d’un raviolo plat, qui fait la mémoire du plat.

Le 7 décembre 1974, la Confraternita del Tortellino et l’Accademia italiana della cucina ont déposé à la Chambre de commerce de Bologne la recette officielle de la farce des tortellini. On y trouve une fine pâte de farine et d’œufs, et une farce de longe de porc, jambon cru, mortadelle de Bologne, parmigiano reggiano, œuf et muscade. Reproduire ailleurs à l’identique la méthode ancienne est difficile, mais on voit clairement ce qu’il faut préserver : une pâte aux œufs fine, la saveur de la viande, la muscade, et le bouillon.

Ce qui est intéressant, c’est que les tortellini ne se rangent pas simplement parmi les « pâtes italiennes » : on en parle entre Bologne, Modène et Castelfranco Emilia. La Cucina Italiana explique qu’à Bologne on les plie autour du petit doigt, à Modène autour de l’index. À la maison, inutile d’aller jusque-là, mais si l’on saute l’étape de l’enroulement, on obtient simplement de petits raviolis. C’est parce qu’ils forment de petits anneaux qu’ils flottent dans le bouillon et que, dans la cuillère, pâte, viande et bouillon arrivent en bouche à la même température.

Sur place, les tortellini sont souvent un plat de fête, très présent à Noël et pour les repas de fin d’année. Ce n’est pas pour autant un plat noyé sous une sauce luxueuse. On prépare un bon bouillon et on mange tant que la vapeur monte du bol. L’aspect est modeste, mais le travail est caché. À la maison aussi, plutôt qu’une présentation spectaculaire, mieux vaut ne pas laisser sécher les tortellini pliés, ne pas faire bouillir fort le bouillon, et ne les cuire qu’une fois tout le monde à table : on se rapproche ainsi du caractère du plat.

Mots qu’on rencontre sur place Ce qu’il faut retenir
turtlén Le nom des tortellini en dialecte bolognais
tortellini in brodo Le service traditionnel en bouillon. Le fil conducteur de cet article
tortelloni Plus grands, souvent farcis de ricotta et de légumes verts
cappelletti Une autre pâte farcie, proche par la forme et la région. Les comparer évite de les confondre

Cet article prépare des tortellini en bouillon, avec une épaisseur et des quantités faciles à gérer à la maison. La valeur officielle de 0,6 mm d’épaisseur est difficile à atteindre au rouleau seul : on vise ici environ 1,5 mm, qui se déchire moins. En contrepartie, trois règles : ne pas trop farcir, ne pas faire bouillir fort à la cuisson, et cuire d’abord la viande à une température sûre.

Si le risotto (en japonais) fait absorber le bouillon au riz, les tortellini libèrent le parfum d’une petite farce de viande dans le bouillon. Envelopper une pâte de blé les rapproche des pelmeni (en japonais) russes, mais l’élégance des tortellini tient à cette petite bouchée de fromage et de muscade, mangée dans un bouillon limpide, plutôt qu’à l’abondance de viande.

Le parti pris de cette recette

Mortadelle et parmigiano reggiano rapprochent du parfum d’origine, mais on ne les trouve pas toujours facilement. Nous distinguons ici les outils et épices qui valent la peine d’être cherchés chez un épicier italien ou en ligne, et indiquons des substituts pour la viande et le fromage achetés près de chez soi. Pas de sauce à la crème : on part d’abord sur la version in brodo, en bouillon.

Pour un premier essai, mieux vaut ne pas tout concentrer sur une seule journée. Préparez le bouillon la veille et réfrigérez-le ; le jour même, concentrez-vous sur la pâte, la farce, le pliage et la cuisson. Si au contraire vous préparez la farce la veille, laissez bien refroidir le porc cuit et la charcuterie, et réfrigérez-les dans un récipient propre. Juste avant de plier, vérifiez la consistance : si elle est sèche, ajoutez 1 c. à café de jus de cuisson ou de bouillon ; si elle est molle, 2 c. à café de fromage. Savoir ajuster l’humidité évite de paniquer en cours de pliage en croyant que « tout va se déchirer ».

Ingrédients : pour 4 personnes, environ 48 pièces

La première surprise, c’est que la farce paraît peu abondante. Mais les tortellini ne sont pas faits pour être bourrés. Il suffit de petits paquets où viande, fromage, muscade et pâte aux œufs arrivent ensemble en bouche avec le bouillon. Plus on farcit, plus ils se déchirent, et plus le bouillon se trouble.

Ingrédients des tortellini : pâte aux œufs, porc, jambon cru, mortadelle, fromage et muscade
Pour les tortellini, on enveloppe finement une farce de viande dans une petite pâte aux œufs

Pâte aux œufs

Ingrédient Quantité Comment choisir
Farine de blé tendre (type 45) 180 g Peut être entièrement remplacée par de la farine 00
Farine de force (type 55 riche en protéines) 70 g Donne un peu d’élasticité à la pâte
Œufs 3 (environ 150 g) Calibre moyen à gros. Si ça manque, 1 c. à café d’eau à la fois
Sel 2 g Assaisonne la pâte
Huile d’olive 1 c. à café Évite le dessèchement. Facultative

Farce

Ingrédient Quantité Comment choisir
Longe de porc 160 g En tranche épaisse, cuite puis hachée. En tranches fines, les superposer pour cuire
Jambon cru 60 g Idéalement du prosciutto. S’il est très salé, réduire à 50 g
Mortadelle 80 g À défaut, 70 g de saucisse de Bologne ou de jambon peu gras
Parmigiano reggiano 70 g Ou 50 g de grana padano ou de fromage affiné râpé
Œuf 1/2 (environ 25 g) Le reste sert à coller les bords de la pâte
Muscade 0.5 g Fraîchement râpée, une bonne pincée. Sans excès
Poivre noir 0.5 g Moulu grossièrement
Sel 1 g À ajuster selon le sel du jambon et du fromage

Bouillon et finition

Ingrédient Quantité Comment choisir
Bouillon de volaille 1200 ml Carcasse, ailes de poulet, ou bouillon de volaille léger du commerce
Eau 300 ml Pour corriger la réduction
Laurier 1 feuille Facultatif. Sans trop parfumer
Parmesan 20 g Pour finir
Sel 1/3 c. à café, à ajuster Selon le sel du bouillon
Allergies et sécurité alimentaire

Cette recette contient du blé, des œufs, des produits laitiers et du porc. Avant d’en faire une farce, cuisez le porc jusqu’à au moins 70 °C à cœur, puis hachez-le sur une planche propre. Jambon cru et mortadelle sont des charcuteries prêtes à consommer, mais une fois ouvertes, gardez-les au réfrigérateur et ne les laissez pas longtemps à température ambiante pendant le travail.

Ingrédients et outils qui font hésiter

Inutile d’aller chercher en ligne porc, œufs, farine et fromage disponibles au supermarché. Ce qui vaut la peine d’être regardé : un rouleau à pâtisserie pour étaler régulièrement, un thermomètre à sonde pour juger sans hésiter la cuisson du porc, et un petit moulin pour utiliser la muscade en petite quantité et bien parfumée. Avec les tortellini, ce sont moins les ingrédients que de petites différences d’épaisseur, de température et de parfum qui se voient au résultat.

Rouleau à pâtisserie, thermomètre à sonde, moulin à épices et muscade pour les tortellini
Plus que la viande ou les œufs, ce sont les outils pour étaler finement, vérifier la température et doser le parfum qui réduisent les ratés

Le rouleau n’a pas besoin d’être très long. Autour de 30 cm, il se manie facilement dans une petite cuisine et sert aussi pour les pâtes fines, les feuilles de raviolis chinois ou les pâtes à chausson comme celles des salteñas.

Pour la longe de porc, il est difficile de juger la cuisson à l’œil. Comme la farce se fait avec de la viande cuite puis hachée, un thermomètre évite d’hésiter en se demandant si « le centre n’est pas encore un peu rose ».

On peut utiliser de la muscade en poudre, mais la farce étant en petite quantité, la muscade fraîchement râpée parfume bien mieux. Un petit moulin servira aussi pour le poivre noir et d’autres épices entières en petite quantité.

Préparation : une pâte fine pour de petits paquets

Laisser reposer la pâte, cuire et refroidir la viande, la hacher finement, étaler et découper, plier : les étapes sont nombreuses, mais rien ne presse. Le seul ennemi, c’est le dessèchement : couvrez la pâte en attente et les tortellini pliés d’un linge humide bien essoré.

  1. Former la pâte aux œufs et la laisser reposer

    15 min + 30 min de repos

    Sur le plan de travail ou dans un grand saladier, mélangez 180 g de farine de blé tendre, 70 g de farine de force et 2 g de sel, puis mettez au centre les 3 œufs et 1 c. à café d’huile d’olive. Cassez les œufs à la fourchette en incorporant peu à peu la farine ; quand la pâte se forme, pétrissez 8 minutes à la main. Pas de cuisson ici. Le repère : surface lisse, pâte qui revient lentement sous la pression du doigt. Sèche, elle s’étale mal : enveloppez-la de film et laissez-la reposer 30 minutes à température ambiante, entre 20 °C et 25 °C.

    Œufs et farine mélangés pour former la pâte à tortellini
    Former la pâte jusqu’à ce qu’elle ne soit plus farineuse, puis la laisser reposer à l’abri du dessèchement
  2. Cuire la longe de porc et la laisser refroidir

    10 min + 10 min de refroidissement

    Salez les 160 g de longe de porc avec 1 g de sel, et chauffez 1 c. à café d’huile d’olive 30 secondes à feu moyen dans une poêle. Ajoutez la viande, cuisez 3 minutes sur une face, retournez et cuisez 2 à 3 minutes ; sortez-la quand la température à cœur atteint au moins 70 °C. Le repère : une surface légèrement dorée et un jus presque clair. Pour une viande épaisse, baissez à feu moyen-doux, couvrez et prolongez 1 minute à la fois. Laissez refroidir la viande 10 minutes et gardez le jus de cuisson.

    Longe de porc cuite, cuisson vérifiée au thermomètre à sonde
    Cuire le porc à feu moyen et vérifier au moins 70 °C à cœur avant de le hacher
  3. Hacher finement et mélanger la farce

    12 min

    Hachez le porc refroidi, les 60 g de jambon cru et les 80 g de mortadelle en morceaux de 5 mm au maximum. Au robot, procédez par impulsions d’une seconde et arrêtez avant d’obtenir une pâte lisse. Dans un saladier, mélangez les viandes, les 70 g de fromage râpé, 1/2 œuf, 0,5 g de muscade, 0,5 g de poivre noir et 1 c. à café de jus de cuisson du porc. Pas de cuisson ici. Le repère : la farce se tient quand on la pince, sans liquide qui coule au fond du saladier. Si elle est molle, ajoutez 2 c. à café de fromage.

    Porc, jambon cru, mortadelle, fromage et muscade mélangés
    Une farce ni trop grossière ni réduite en pâte : moelleuse et qui se tient
  4. Étaler finement la pâte et la découper en carrés

    18 min

    Coupez la pâte reposée en deux et remettez une moitié sous film. Farinez légèrement le plan et étalez au rouleau du centre vers l’extérieur. Visez environ 1,5 mm : par transparence, on devine l’ombre d’un doigt. Pour un premier essai à la maison, viser 0,6 mm fait facilement déchirer la pâte : n’insistez pas. Découpez des carrés de 4,5 cm de côté. Ne repétrissez pas les bords secs : en retirant une bande d’environ 5 mm, les carrés se ferment mieux.

    Pâte aux œufs étalée finement et découpée en petits carrés
    Étaler la pâte à environ 1,5 mm et la découper en carrés d’environ 4,5 cm
  5. Farcir et fermer en triangle

    22 min

    Déposez 3 à 4 g de farce au centre de chaque carré : à peine plus gros qu’un haricot azuki, c’est suffisant. Si les bords sont secs, humidifiez-les du bout du doigt avec le reste d’œuf. Pliez en diagonale pour former un triangle, chassez l’air autour de la farce, puis pressez fermement les bords. Pas de cuisson ici. Si la farce déborde sur un bord, ne forcez pas : retirez-en un peu.

    Petite quantité de farce déposée puis pâte refermée en triangle
    Limiter la farce à environ 4 g et fermer en triangle en chassant l’air
  6. Enrouler autour du doigt pour former un petit anneau

    16 min

    Placez la base du triangle vers vous et rabattez légèrement la pointe vers l’extérieur. Rapprochez les deux extrémités autour de l’index et pincez la partie superposée pour la souder. Pas de cuisson ici. C’est réussi s’il reste un petit trou au centre de l’anneau et que le tortellino tient assis sur sa base. Disposez-les sur une plaque légèrement farinée et couvrez d’un linge humide bien essoré. Si la soudure s’ouvre, mettez une pointe d’œuf sur la superposition et pressez à nouveau.

    Triangle refermé enroulé autour du doigt pour former un tortellino
    Enrouler les deux pointes du triangle autour du doigt et les souder en petit anneau
  7. Maintenir le bouillon à frémissement

    8 min

    Dans une casserole, chauffez à feu moyen 1200 ml de bouillon de volaille, 300 ml d’eau et 1 feuille de laurier. À l’ébullition, passez à feu doux ou moyen-doux et maintenez un frémissement d’environ 90 °C à 95 °C. Le repère : de petites bulles montent du fond et la surface ondule doucement. À gros bouillons, les tortellini s’entrechoquent et se déchirent, et le bouillon se trouble. Goûtez et salez juste assez pour qu’il paraisse un peu léger.

    Bouillon maintenu à frémissement pour la cuisson des tortellini
    Maintenir le bouillon frémissant, entre 90 °C et 95 °C, sans le faire bouillir fort
  8. Cuire et servir dans le bouillon

    5 min

    Plongez les tortellini dans la casserole et cuisez-les 4 à 5 minutes à feu moyen-doux. Pendant les 30 premières secondes, remuez-les doucement à l’écumoire pour qu’ils n’attachent pas au fond. Une fois remontés, comptez encore environ 2 minutes ; coupez le feu quand les bords de la pâte deviennent translucides et que le centre est bien chaud. Mettez les tortellini dans les bols, versez le bouillon et parsemez d’un peu de parmesan. Si le bouillon est trouble, ne raclez pas le fond : prélevez seulement la partie claire du dessus.

    Tortellini cuits dans le bouillon puis servis en bol
    Cuire les tortellini 4 à 5 minutes dans le bouillon frémissant, et encore 2 minutes environ après qu’ils remontent

Ce qu’il faut garder et ce qu’on peut changer chez soi

Penser qu’on ne peut pas faire de tortellini « sans que tout soit authentique » fait abandonner avant d’avoir commencé. Ce qu’il faut garder : une pâte fine aux œufs, de petits paquets, la saveur de la viande et du fromage affiné, la muscade, et le service en bouillon. Ce qu’on peut changer : le type de farine, la découpe de la viande, la façon de se procurer la mortadelle, la manière de faire le bouillon.

Ingrédients faciles à trouver pour remplacer ceux des tortellini
On peut remplacer mortadelle et fromage selon ce qu’on trouve, mais on garde la pâte fine et le bouillon
Élément Ce qu’on garde Ce qu’on peut changer
Pâte Pétrie aux œufs, étalée finement Sans farine 00, un mélange de farine ordinaire et de farine de force convient
Farce Porc, jambon cru, type mortadelle, fromage affiné, muscade Mortadelle remplaçable par de la saucisse de Bologne ou un jambon peu gras
Taille Petites pièces, 3 à 4 g de farce Un peu plus grandes pour un premier essai, en ajoutant 1 minute de cuisson
Bouillon Cuisson à frémissement, servi avec le bouillon Ailes ou carcasse de poulet, bouillon du commerce léger
Finition Servir bien chaud La sauce à la crème est une variante à part

Si vous hésitez lors des premières courses, privilégiez la mortadelle plutôt que la farine 00, et le bouillon plutôt que la mortadelle. Farine ordinaire et farine de force suffisent, mais si la farce manque de parfum, elle se perd dans le bouillon. À l’inverse, même avec de la mortadelle, une cuisson dans un bouillon cube trop concentré fait ressortir le sel et enfouit la muscade et le jambon cru. Plutôt que des ingrédients haut de gamme, bâtir un ensemble peu salé et garder la marge d’ajouter du fromage dans le bol est plus sûr à la maison.

Situation Priorités d’achat
Accès à une épicerie italienne Mortadelle, parmigiano reggiano, muscade
Seulement le supermarché Longe de porc, jambon cru, jambon un peu gras, fromage affiné râpé
Peu de temps Bouillon du commerce un peu léger, farce en petite quantité pour éviter les déchirures
Pour recevoir Bouillon la veille, tortellini pliés le jour même et cuits aussitôt

Sans mortadelle, remplacer le tout par un simple jambon cuit allège le parfum. En mêlant à 70 g de jambon peu gras 5 g de beurre doux finement haché, on se rapproche un peu de la texture en bouche. Le parfum des épices reste cependant différent. Pour un premier essai, acceptez une « version maison » et veillez surtout à ne pas forcer la muscade.

Le bouillon peut se faire sans réunir à chaque fois bœuf et chapon ou un bouillon de poule concentré comme sur place. Dans une cuisine domestique, il suffit de faire mijoter 45 minutes à feu doux 4 ailes de poulet, 1/2 oignon, 1/3 de carotte, 1500 ml d’eau et 1/2 c. à café de sel pour obtenir une base douce. Avec un bouillon du commerce, préparez-le plus léger que l’indique l’emballage et ajoutez de l’eau s’il réduit.

Causes d’échec et rattrapages

L’erreur la plus fréquente est de trop farcir. Viennent ensuite la pâte qui sèche et le bouillon qui bout trop fort. Tout cela arrive juste avant la fin : connaître les solutions permet de travailler sereinement.

Tortellini déchirés et tortellini bien fermés comparés
Corriger déchirures, excès de farce et dessèchement avant la cuisson évite de troubler le bouillon
Problème Cause Solution
La soudure s’ouvre Pâte sèche, trop de farce Badigeonner un peu d’œuf sur le bord, retirer 1 g de farce et refermer
La pâte se déchire Trop étalée, bords secs Ne pas cuire les tortellini déchirés : récupérer la farce pour un autre carré
Bouillon trouble Ébullition trop forte, tortellini déchirés Baisser le feu et ne verser que la partie claire dans les bols
Odeur de viande lourde Porc trop cuit, pas assez de muscade Ajouter une feuille de laurier au bouillon et modérer le fromage final
Trop salé Jambon cru et fromage puissants Ne pas ajouter de fromage à la farce, allonger le bouillon d’eau
Goût fade Bouillon léger, pas assez de fromage Ajouter un peu de fromage dans le bol et un tour de poivre noir

Mieux vaut ne pas forcer les tortellini déchirés dans la casserole. La farce qui s’échappe trouble le bouillon et rend farineux même les tortellini intacts. Faites cuire les tortellini déchirés à l’étouffée dans une petite poêle, à feu doux, avec un peu de beurre et 2 c. à soupe d’eau, et mangez-les à part en guise de dégustation : rien n’est perdu.

Jusqu’où se rapprocher de l’original

Ce qui fait hésiter avec ce plat, c’est moins la recette elle-même que de savoir « jusqu’où se rapprocher de l’original ». Énumérer les ingrédients de la recette officielle est simple, mais en faisant les courses, on bloque quelque part entre mortadelle, fromage affiné, bouillon et farine 00. Séparer ce qui se remplace de ce qui, remplacé, donne un autre plat facilite les achats. Ce qu’il faut surtout garder, plus que la mortadelle elle-même, c’est le parfum superposé du porc, du jambon cru, d’une charcuterie grasse, du fromage affiné et de la muscade. Si l’on remplace tout cela par un simple jambon léger, on se rapproche de wontons à l’occidentale.

La façon de manger sur place et le menu

Les tortellini dont on parle autour de Bologne et Modène sont souvent servis in brodo, c’est-à-dire dans le bouillon. On voit aussi des tortellini à la crème ou à la sauce tomate, mais manger d’abord les petits anneaux dans un bouillon limpide fait mieux comprendre le sens de la farce de viande et de la pâte aux œufs.

Bouillon limpide versé sur les tortellini à table
En bouillon, le parfum de la farce et la douceur de la pâte aux œufs s’accordent avec légèreté

On voit souvent des tortellini à la crème sur les cartes étrangères et dans les recettes familiales. La Cucina Italiana évoque elle aussi, dans le contexte d’une cuisine familiale émilienne riche en produits laitiers, l’usage de la crème prélevée à la surface du lait. Mais les napper de blanc avec une crème industrielle épaisse masque les parfums de la farce et du bouillon. Si cet article recommande d’abord la version in brodo, ce n’est pas seulement par tradition : c’est aussi qu’elle permet de vérifier, la première fois, si la farce est juste.

Façon de manger Occasion Attention
in brodo Premier essai, plat vedette des fêtes, jours froids Ne pas faire bouillir fort le bouillon, manger dès qu’ils sont servis
Un peu de crème Restes du lendemain, version douce pour les enfants Mijotés, ils ramollissent : juste les enrober
Beurre et sauge En petite entrée Les jours où la farce est salée, le plat devient vite lourd
Sauce tomate Avec des tortellini du commerce L’acidité domine facilement une farce maison à la viande

Pour composer le menu, gardez une entrée légère. Un plat acidulé de légumes et de pain comme la panzanella (en japonais), ou une simple salade de feuilles, préserve la douceur du bouillon. Servir le même jour un plat de riz comme le risotto (en japonais) accumule les féculents : faites des tortellini la vedette et gardez le plat de viande modeste.

L’ordre compte aussi. Laissés longtemps après cuisson, les tortellini absorbent le bouillon, gonflent, et l’anneau perd sa netteté. On ne les plonge dans la casserole qu’une fois tout le monde assis, et on mange dès que le bouillon est versé. En cela, ils diffèrent des mijotés qui peuvent attendre dans la marmite.

Conservation et préparation à l’avance

Les tortellini sont meilleurs cuits le jour même. Mais le pliage demandant beaucoup de travail, il vaut la peine d’en congeler la moitié. L’astuce : les faire durcir sur une plaque avant de les mettre en sachet. Empilés encore mous, ils s’écrasent et perdent la forme soigneusement refermée.

Tortellini crus disposés sur une plaque, prêts à être congelés
Congeler les tortellini crus en une seule couche, puis les transférer en sachet

Pour les utiliser le jour même, disposez les tortellini pliés sur une plaque légèrement farinée, couvrez d’un linge humide : ils tiennent jusqu’à 2 heures au réfrigérateur. Au-delà, la pâte s’humidifie et attache au fond : s’ils doivent attendre plus d’une demi-journée, congelez-les.

Pour congeler, disposez-les en une couche sur une plaque et laissez-les durcir 1 à 2 heures. Une fois fermes, transférez-les dans un sachet, chassez l’air, et utilisez-les dans les 2 semaines environ. Plongez-les encore congelés dans le bouillon et prolongez la cuisson de 1 à 2 minutes. Décongelés avant cuisson, ils absorbent l’eau et se déchirent facilement.

Conserver des tortellini cuits n’est pas recommandé. S’il en reste malgré tout, gardez-les au réfrigérateur séparément du bouillon et réchauffez-les à feu doux le lendemain. À l’ébullition, la pâte s’ouvre : arrêtez avant le frémissement. La texture en pâtit : pour recevoir, mieux vaut garder les tortellini pliés en attente que de les cuire à l’avance.

Questions fréquentes

Peut-on les faire sans machine à pâtes ?

Oui. Au rouleau seul, ne visez pas les 0,6 mm de la recette officielle, mais environ 1,5 mm. Même un peu épais, en limitant la farce à 3 à 4 g et en cuisant 4 à 5 minutes dans le bouillon, la version maison tient très bien.

Je n’ai pas de mortadelle.

Remplacez-la par de la saucisse de Bologne, un jambon peu gras ou une saucisse cuite tranchée finement. Le parfum change, mais en associant porc, jambon cru, fromage affiné et muscade, on garde la direction. Avec uniquement du jambon ordinaire, le goût devient monotone : gardez au moins la longe de porc et le jambon cru.

Peut-on se passer de jambon cru ?

Oui, mais le sel et le parfum d’affinage s’affaiblissent. À la place des 60 g de jambon cru, on peut faire fondre 30 g de lard à feu doux, le hacher et l’associer à 30 g de jambon cuit. Dans ce cas, ne salez pas la farce et ne gardez qu’1 c. à café du gras du lard.

Peut-on les cuire à l’eau plutôt qu’au bouillon ?

Pour éviter les déchirures, l’eau fonctionne, mais le goût s’affaiblit. Pendant la cuisson, le parfum de la farce passe dans le bouillon : même léger, un bouillon convient mieux. Un bouillon du commerce préparé plus léger donne déjà un résultat bien plus abouti que l’eau.

Peut-on les manger à la crème ?

Oui. Mais cet article est construit autour de la version in brodo, la plus évoquée autour de Bologne. Pour une sauce à la crème, enrobez les tortellini cuits d’un peu de crème chauffée à part et de fromage, sans les faire mijoter. La première fois, la version en bouillon permet de mieux juger le goût de la farce.

Comment les adapter aux enfants ?

Réduisez la muscade de moitié et supprimez le poivre noir. Si le jambon cru est très salé, réduisez-le à 50 g et faites un bouillon plus léger. Pour les jeunes enfants, laissez un peu refroidir dans le bol pour éviter les brûlures avec le bouillon chaud.

Quelle différence avec les raviolis et les tortelloni ?

« Raviolis » désigne souvent les pâtes farcies plates en général, de formes et de tailles variées. Les tortelloni ont une forme proche des tortellini, mais sont plus grands, souvent farcis sans viande, de ricotta ou de légumes verts. Les tortellini sont petits, farcis de viande, et on les associe fortement au service en bouillon.

Sources