Smørrebrød : les tartines ouvertes danoises sur pain de seigle
Recette du smørrebrød, la tartine ouverte emblématique du Danemark : pain de seigle beurré et cinq garnitures classiques (saumon fumé, œuf et crevettes, hareng mariné, rôti de bœuf, pâté de foie), sauce rémoulade danoise, règles de dressage et pain de seigle maison.
Cette recette a été traduite de l’original japonais par l’équipe éditoriale de Sekai Gohan. Lire l’original (japonais)
Préparation40 min
Cuisson10 min
Total50 min
Portions4 personnes
NiveauIntermédiaire
Une assiette qui incarne l’âme du Danemark
À Copenhague, à l’heure du déjeuner, on voit des files d’attente devant les comptoirs à smørrebrød. Smørrebrød signifie en danois « pain beurré », de smør (beurre) et brød (pain). Mais un vrai smørrebrød est bien plus qu’une tartine beurrée : sur une épaisse tranche de pain de seigle, poissons, viandes, légumes et sauces s’empilent en couches soignées. Une œuvre d’art qui se mange.
On fait souvent remonter cette tartine ouverte aux campagnes danoises, où l’on posait les restes de la veille sur du pain de seigle pour le déjeuner. Au XIXᵉ siècle, elle est adoptée par la bonne société de Copenhague et devient peu à peu un plat raffiné à part entière. Si l’injera éthiopienne (en japonais) est l’exemple type du pain qui sert d’assiette, le smørrebrød va un pas plus loin : le pain sert d’assiette… et se mange tel quel.
Qu’est-ce que le smørrebrød ?
En danois « Smørrebrød » : smør = beurre, brød = pain. On le fait remonter au déjeuner des travailleurs des campagnes danoises ; il s’est raffiné à Copenhague à la fin du XIXᵉ siècle et compte aujourd’hui plus d’une centaine de variantes. Dans les occasions formelles, on le mange avec couteau et fourchette plutôt qu’à la main.
Le smørrebrød fait l’objet d’innombrables recettes publiées par des cuisiniers danois et des spécialistes de la cuisine nordique. À Copenhague, la maison Ida Davidsen est célèbre pour sa carte de smørrebrød extraordinairement longue. Dans cet article, nous vous expliquons comment réaliser de vrais smørrebrød à la maison avec des ingrédients faciles à trouver.
Là où le fårikål norvégien (en japonais) a conquis son statut de plat national par l’« esthétique de la soustraction », le smørrebrød est un « art de l’addition ». Empiler les garnitures sur une base simple, avec beauté et logique : voilà toute l’essence du smørrebrød.
Ingrédients pour 4 personnes (5 sortes de smørrebrød)
La base commune
Ingrédient
Quantité
Substitutions et remarques
Pain de seigle danois (rugbrød)
10 tranches (5 mm d’épaisseur)
Le pumpernickel allemand convient
Beurre doux
80 g
À température ambiante. Pas de margarine
Où trouver du pain de seigle
Le vrai pain de seigle danois (rugbrød) est très dense et lourd. Difficile à trouver hors de Scandinavie, il se remplace au mieux par un pumpernickel allemand en tranches (rayon pains spéciaux, épiceries bio ou en ligne). Les crackers de seigle sont trop fins pour servir de base. Si vous faites votre pain, un « rugbrød express » à base de 150 g de farine de blé T65 + 350 g de farine de seigle complète + 200 ml de bière + 100 g de yaourt donne un résultat étonnamment réussi. La recette se trouve en fin d’article.
Garniture A : smørrebrød au saumon fumé
Ingrédient
Quantité
Substitutions et remarques
Saumon fumé
200 g
Un grand paquet de bonne qualité
Fromage frais à tartiner
100 g
Type Philadelphia. Crème de tofu possible
Aneth frais
1 botte
Ou 2 c. à café d’aneth séché
Câpres
2 c. à soupe
Ou olives au vinaigre hachées
Citron
1/2
En quartiers, pour servir
Oignon rouge
1/4
Émincé finement et trempé dans l’eau
Garniture B : smørrebrød à l’œuf (æggemad)
Ingrédient
Quantité
Substitutions et remarques
Œufs
4
Cuits durs
Mayonnaise
3 c. à soupe
Une mayonnaise courante suffit. Sur place, on utilise la rémoulade
Crevettes (cuites)
12
Décortiquées. Surgelées, c’est très bien
Ciboulette ou cébette
Selon le goût
Ciselée
Curry en poudre
1/2 c. à café
La touche danoise
Garniture C : smørrebrød au hareng mariné
Ingrédient
Quantité
Substitutions et remarques
Hareng mariné au vinaigre
200 g
Du maquereau mariné au vinaigre (shime-saba), en tranches fines, convient
Oignon rouge
1/2
En fines rondelles
Crème aigre
80 g
Ou 100 g de yaourt égoutté
Aneth
Selon le goût
Pour décorer
Garniture D : smørrebrød au rôti de bœuf
Ingrédient
Quantité
Substitutions et remarques
Rôti de bœuf (en tranches fines)
200 g
Le rôti tranché du commerce convient
Sauce rémoulade (voir plus bas)
4 c. à soupe
À défaut, sauce tartare
Oignons frits
4 c. à soupe
Du commerce
Pickles
4 tranches
D’autres légumes au vinaigre donnent aussi un résultat intéressant
Raifort
2 c. à café
Ou 1 c. à café de wasabi en tube
Garniture E : smørrebrød au pâté de foie
Ingrédient
Quantité
Substitutions et remarques
Pâté de foie
150 g
Un pâté de campagne fait l’affaire
Bacon
4 tranches
Grillé jusqu’à être croustillant
Cornichons
4
Idéalement de petits cornichons français
Betterave (en conserve)
4 tranches
Betterave cuite sous vide également
Sauce rémoulade (la « tartare » danoise)
Ingrédient
Quantité
Substitutions et remarques
Mayonnaise
4 c. à soupe
Pickles hachés
2 c. à soupe
Moutarde (de Dijon)
2 c. à café
Curry en poudre
1/2 c. à café
La touche propre au Danemark
Câpres hachées
2 c. à café
Jus de citron
1 c. à café
Sucre
1/2 c. à café
Allergènes
Cette recette contient du blé et du seigle (pain), des produits laitiers (beurre, fromage frais, crème aigre), des œufs, des crustacés (crevettes) et du poisson (saumon, hareng). Chaque garniture étant indépendante, les personnes allergiques peuvent simplement écarter celle qui les concerne. Pour une version sans gluten, utilisez des galettes de sarrasin ou un pain de mie sans gluten comme base.
Le secret de la rémoulade
La rémoulade danoise n’est pas la rémoulade française. Sa particularité : le curry en poudre, qui lui donne sa couleur et sa note épicée. Pour une version express, il suffit de mélanger 1/2 c. à café de curry à une sauce tartare du commerce.
Préparation
Préparer la sauce rémoulade
5 min
Dans un bol, mélangez bien 4 c. à soupe de mayonnaise, 2 c. à soupe de pickles hachés, 2 c. à café de moutarde de Dijon, 1/2 c. à café de curry, 2 c. à café de câpres hachées, 1 c. à café de jus de citron et 1/2 c. à café de sucre. La sauce doit être d’un crème pâle uniforme, parsemée de pickles et de câpres, et retomber lentement de la cuillère. N’abusez pas du curry : 1/2 c. à café suffit. Un curry trop présent ferait froncer les sourcils d’un Danois. Laissez reposer au moins 15 minutes au réfrigérateur : les saveurs se fondent, l’acidité des pickles et le piquant de la moutarde s’arrondissent.
La rémoulade : ajouter du curry à la mayonnaise, c’est la manière danoise. Elle est prête quand elle est jaune pâle. 15 minutes de repos au réfrigérateur
Cuire les œufs et préparer les garnitures
15 min
Plongez les 4 œufs dans l’eau bouillante et faites-les cuire 10 minutes à feu moyen. Il les faut durs : un jaune coulant ne convient pas au smørrebrød, le dressage s’effondre à la découpe. Rafraîchissez-les dans l’eau froide, écalez-les et coupez-les en rondelles de 5 mm. Émincez finement l’oignon rouge et laissez-le 5 minutes dans l’eau pour adoucir son piquant. Retirez les tiges de l’aneth et gardez seulement les pointes. Coupez les pickles en biais, à 3 mm. Égouttez la betterave et tranchez-la à 5 mm. Faites griller le bacon à la poêle 3 minutes à feu moyen, jusqu’à ce qu’il soit croustillant.
La mise en place : œufs durs en rondelles de 5 mm, oignon rouge trempé pour l’adoucir. Tout couper avant de commencer le dressage
Beurrer le pain de seigle
5 min
Étalez le beurre doux ramolli sur le pain de seigle, en une couche régulière de 2 mm. C’est l’étape la plus importante. Le beurre sert de « couche étanche » entre la garniture et le pain : trop fin, il laisse l’humidité de la garniture détremper le pain. Beurrez jusqu’aux bords, sans laisser de zone nue.
La règle d’or de la découpe du pain
Le pain de seigle danois se coupe en tranches de 5 mm. Trop fines, elles ne supportent pas le poids des garnitures ; trop épaisses, le pain domine. À 5 mm, on sent l’acidité du pain tout en laissant la vedette à la garniture.
Une couche régulière de 2 mm de beurre, jusqu’aux bords. Ce beurre protège le pain de l’humidité des garnitures : c’est l’étape clé de la base du smørrebrød
Monter la garniture A
5 min
Smørrebrød au saumon. Sur le pain beurré, étalez d’abord 1 bonne c. à soupe de fromage frais. Posez dessus 2 à 3 tranches de saumon fumé en les pliant. Plutôt que de les poser à plat, faites-les onduler légèrement : on gagne du volume et de la légèreté. Parsemez de 3 à 4 lamelles d’oignon rouge et de 1/2 c. à café de câpres. Terminez par 3 à 4 pluches d’aneth et un quartier de citron. Mettez l’aneth en dernier : posé trop tôt, il fane au contact du gras du saumon.
Smørrebrød au saumon : le saumon ondule sur le fromage frais. Pas à plat, mais avec du volume : c’est le dressage à la danoise
Monter la garniture B
5 min
Smørrebrød à l’œuf. Tartinez finement le pain beurré de mayonnaise. Disposez les rondelles d’œuf en les faisant se chevaucher comme des tuiles. 4 rondelles, c’est l’idéal : à 3, c’est maigre ; à 5, ça déborde. Posez 3 crevettes en éventail sur l’œuf et saupoudrez-les légèrement de 1/4 c. à café de curry. Terminez par un peu de ciboulette ou de cébette ciselée. Ce classique, l’æggemad, est un bel équilibre : la note épicée du curry relève la douceur de l’œuf.
Smørrebrød à l’œuf (æggemad) : œufs durs en tuiles, crevettes en éventail. Une pincée de curry fait la différence
Monter les garnitures C à E
10 min
Smørrebrød au hareng : étalez 1 c. à soupe de crème aigre sur le pain beurré et disposez 3 à 4 morceaux de hareng mariné (ou de maquereau mariné en tranches fines). Ajoutez 2 rondelles d’oignon rouge et décorez d’aneth.
Smørrebrød au rôti de bœuf : tartinez le pain d’1 c. à soupe de rémoulade et posez 2 à 3 tranches de rôti de bœuf pliées. Parsemez généreusement d’1 c. à soupe d’oignons frits et ajoutez 2 tranches de pickles. Déposez 1/2 c. à café de raifort en petites touches sur le bœuf.
Smørrebrød au pâté de foie : étalez le pâté sur 5 mm d’épaisseur et posez 1 tranche de bacon croustillant. Disposez 3 à 4 lamelles de cornichon en éventail et ajoutez 1 tranche de betterave.
Hareng, rôti de bœuf et pâté de foie montés en parallèle. Chacun a ses propres couleurs : alignés sur la table, l’effet est spectaculaire
Les cinq smørrebrød terminés : saumon, œuf, hareng, rôti de bœuf et pâté de foie. Cinq petits mondes sur une même planche : c’est cela, un déjeuner danois
Les clés de la réussite
La « règle des trois couleurs »
Un principe souvent cité pour le dressage : au moins trois couleurs dans la garniture. Saumon (rose) + aneth (vert) + oignon rouge (violet). Œuf (jaune) + crevettes (orange) + ciboulette (vert). Le contraste des couleurs flatte l’œil autant qu’il ouvre l’appétit : le smørrebrød se goûte d’abord avec les yeux.
Le beurre se tartine, il ne se fond pas
Ramollissez le beurre à température ambiante, mais ne le faites pas fondre. Fondu, il pénètre trop dans le pain et perd la moitié de son effet imperméable. L’idéal : un beurre qui garde l’empreinte du doigt, soit environ 30 minutes hors du réfrigérateur. En hiver, 10 secondes au micro-ondes à 200 W peuvent aider, mais s’il devient liquide, recommencez.
Construire le goût de bas en haut
On dit souvent qu’un smørrebrød se construit « de bas en haut » : pain → beurre → sauce (fromage frais, rémoulade, crème aigre) → garniture principale → accent → herbes de finition. En respectant cet ordre, chaque bouchée découpée à la fourchette réunit toutes les couches. Si l’on verse la sauce au-dessus, la surface est trop relevée et le pain reste fade.
L’ordre de dégustation a aussi sa tradition
Lors d’un déjeuner danois traditionnel (frokost), les smørrebrød se mangent dans un ordre établi : hareng (poisson) → viande → fromage → douceur. Commencer par le poisson est une tradition des tables nordiques, qui va du plus léger au plus riche. L’aquavit accompagne classiquement le hareng ; la bière, les smørrebrød à la viande.
Variantes
Une fois les cinq classiques maîtrisés, essayez des variantes avec d’autres ingrédients : la tradition danoise rencontre d’autres cuisines
À la japonaise (maquereau mariné et shiso)
Remplacez le hareng mariné par du maquereau mariné au vinaigre (shime-saba) et l’aneth par des feuilles de shiso. Au lieu de la crème aigre, tartinez une mayonnaise au yuzu kosho (2 c. à soupe de mayonnaise + 1 c. à café de yuzu kosho) : un smørrebrød métissé Japon-Occident. Quelques lamelles de myoga complètent les couleurs.
Version végétarienne (avocat et betterave)
Tartinez le pain beurré de houmous (voir notre recette de houmous libanais, en japonais), puis superposez tranches d’avocat, betterave rôtie, jeunes pousses et graines de courge. Assaisonnez de jus de citron et de sel.
Version frikadeller
Les frikadeller (boulettes de viande danoises) sont un grand classique du smørrebrød. Mélangez 300 g de viande hachée mixte, 1/2 oignon haché, 1 œuf, 3 c. à soupe de chapelure, 2 c. à soupe de lait et 1 c. à café de sel ; façonnez des palets ovales et faites-les cuire à la poêle 5 minutes de chaque côté à feu moyen. Tartinez le pain de rémoulade, posez les frikadeller et ajoutez du chou rouge aigre-doux.
À la sud-américaine (façon ceviche)
Une variante inspirée du ceviche péruvien (en japonais). Coupez du poisson blanc (daurade, turbot ou plie) en dés de 5 mm et mélangez-le avec 2 c. à soupe de jus de citron vert, 1 c. à soupe d’oignon rouge haché et 1 c. à soupe de coriandre. Tartinez le pain de purée d’avocat et posez la marinade dessus. L’acidité du citron vert s’accorde étonnamment bien avec le goût du pain de seigle.
Version de luxe (tartare de bœuf)
Le smørrebrød au tartare est l’un des plus luxueux du Danemark. Hachez au couteau 150 g de filet de bœuf très frais en dés de 5 mm et mélangez-le avec 2 c. à café de câpres, 1 c. à soupe d’oignon rouge haché, 1 c. à café de moutarde de Dijon et 1 jaune d’œuf. Dressez en dôme sur le pain et déposez un jaune d’œuf dans un creux. Tout repose sur la fraîcheur de la viande : n’utilisez que du bœuf acheté le jour même chez un boucher de confiance.
Version petit-déjeuner (fromage et confiture)
Beurrez le pain de seigle, ajoutez du gouda ou du fromage frais et 1 c. à café de confiture de fraises. Un classique du petit-déjeuner danois, accessible à tous et très apprécié des enfants.
Version orientale (houmous et agneau)
Tartinez généreusement le pain de houmous libanais (en japonais) et garnissez d’agneau haché épicé façon köfte turques (en japonais). Terminez avec des grains de grenade et de la menthe. Une rencontre des cuisines du Moyen-Orient et du Nord, reflet de la scène culinaire multiculturelle de Copenhague.
Le contexte
Le long des canaux de Copenhague : c’est dans cette ville que la culture du smørrebrød s’est épanouie
Des restes paysans à la table de la bonne société
On fait remonter les origines du smørrebrød aux campagnes danoises. Les paysans emportaient aux champs les restes de la veille — viande froide, morceaux de poisson, légumes — posés sur du pain de seigle. Le pain remplaçait l’assiette, et l’on mangeait l’assiette avec le reste : un déjeuner pratique de travailleur.
À la fin du XIXᵉ siècle, la bonne société de Copenhague s’empare de cette tradition. Dans les années 1880, des établissements comme celui d’Oskar Davidsen (à l’origine de l’actuelle maison Ida Davidsen) font du smørrebrød un plat raffiné. On passe des restes posés sur du pain à des produits frais dressés avec art : c’est le début de l’âge d’or du smørrebrød.
Le parcours du smørrebrød, d’un repas paysan à la table bourgeoise, puis au déjeuner de tout un pays, raconte aussi une part de l’histoire sociale danoise.
Une carte d’une longueur légendaire
La maison Ida Davidsen, à Copenhague, est l’une des adresses de smørrebrød les plus anciennes du Danemark, tenue par la même famille depuis plusieurs générations. Sa carte, d’une longueur exceptionnelle, est devenue légendaire.
Depuis l’ouverture du premier établissement familial en 1888, chaque génération a ajouté de nouvelles créations, jusqu’à la carte d’aujourd’hui.
Le frokost, la culture danoise du déjeuner
En danois, le déjeuner se dit frokost, et le smørrebrød en est le cœur. Déjeuner d’affaires ou réunion de famille, les smørrebrød sont sur la table.
Le frokost traditionnel suit un déroulé précis. On commence par le hareng, un verre d’aquavit à la main. Viennent ensuite les smørrebrød à la viande : rôti de bœuf, pâté de foie, frikadeller… avec de la bière. Puis le fromage, et l’on termine sur une douceur (compote de pommes ou de pruneaux). Ce passage « léger → riche → sucré » est la manière danoise. Dans les grandes occasions, on peut servir plus de dix sortes de smørrebrød.
Pourquoi « ouvert » ?
Le sandwich, partout dans le monde, c’est une garniture entre deux tranches de pain. Le smørrebrød n’en a qu’une. Pourquoi pas de couvercle ?
Il y a trois raisons. D’abord, le pain de seigle danois est si lourd que deux tranches rendraient l’ensemble difficile à manger. Ensuite, pour montrer la beauté du dressage : un couvercle gâcherait l’œuvre. Enfin, l’histoire : à la campagne, le pain tenait lieu d’assiette, et une assiette n’a pas de couvercle.
La nouvelle cuisine nordique et le renouveau du smørrebrød
En 2003, le chef danois René Redzepi ouvre Noma à Copenhague. Porte-drapeau de la « nouvelle cuisine nordique » (New Nordic Cuisine), Noma est classé à plusieurs reprises premier restaurant du monde au classement The World’s 50 Best Restaurants et propulse la cuisine nordique sur le devant de la scène.
Ce mouvement a aussi marqué le smørrebrød : de jeunes chefs se sont mis à le réinterpréter. En 2006, Adam Aamann ouvre à Copenhague Aamanns, une adresse consacrée au smørrebrød, qui revisite les recettes traditionnelles de façon moderne et lui donne une nouvelle image, loin de la simple « cuisine de grand-mère ».
On y travaille des légumes de saison, des produits de la mer danois et des sauces maison, pour un smørrebrød sans compromis, sur le plan visuel comme gustatif.
Aujourd’hui, Copenhague compte de nombreuses adresses de smørrebrød, des maisons centenaires aux comptoirs modernes tenus par de jeunes chefs. À midi, on fait la queue, et l’on voit des gens savourer leur smørrebrød sur un banc, la boîte à emporter sur les genoux. Une tradition ancienne qui reste pleinement vivante : c’est là toute la grandeur du smørrebrød.
Le « rugbrød express » maison
Une recette maison si vous ne trouvez pas de vrai pain de seigle danois.
Rugbrød maison : plus moelleux que le pumpernickel du commerce, avec une texture facile à aimer
Ingrédient
Quantité
Farine de seigle complète
350 g
Farine de blé (T65 ou farine à pain)
150 g
Bière (brune de préférence)
200 ml
Yaourt nature
100 g
Sucre brun (type muscovado)
2 c. à soupe
Sel
1.5 c. à café
Levure sèche de boulanger
2 c. à café
Eau tiède
100 ml
Graines de tournesol
3 c. à soupe (facultatif)
Graines de lin
2 c. à soupe (facultatif)
Délayez la levure dans l’eau tiède et laissez reposer 10 minutes. Mélangez farine de seigle, farine de blé et sel, ajoutez bière, yaourt, sucre et levure délayée, et pétrissez 5 minutes. Inutile de pétrir autant qu’une pâte à pain classique. Incorporez les graines de tournesol et de lin, versez dans un moule à cake huilé, couvrez de film et laissez lever 90 minutes dans un endroit tiède. Faites cuire 60 minutes au four à 180 °C. Le pain est cuit quand une pique en ressort sèche. Démoulez et laissez refroidir complètement avant de trancher : chaud, il s’émiette. L’idéal est de laisser refroidir au moins 12 heures avant de trancher.
Valeurs nutritionnelles (pour 1 smørrebrød au saumon)
Une tartine équilibrée
Fibres du pain de seigle, oméga-3 du saumon, protéines de qualité des œufs : le smørrebrød est un repas léger bien équilibré.
Nutriment
Teneur
Énergie
380 kcal
Protéines
22 g
Lipides
18 g
Glucides
32 g
Fibres
6 g
Sodium
820 mg
Le pain de seigle complet danois a généralement un index glycémique plus bas que le pain blanc et est riche en fibres, ce qui contribue à la satiété. C’est grâce à lui qu’un seul smørrebrød cale bien.
À cuisiner aussi
Carbonade flamande (en japonais) — pour réutiliser des ingrédients et parfums de la même région.
Waterzooi (en japonais) — pour réutiliser des ingrédients et parfums de la même région.
Pašticada (en japonais) — pour réutiliser des ingrédients et parfums de la même région.
Questions fréquentes
FAQ — les 5 questions les plus fréquentes
Voici les questions que se posent le plus souvent ceux qui préparent des smørrebrød pour la première fois.
Q1. Je ne trouve pas de pain de seigle. Peut-on utiliser du pain de mie ?
C’est possible, mais texture et goût changent beaucoup. Le pain de mie est trop mou pour supporter les garnitures et se détrempe vite. Si vous devez remplacer, prenez du pain complet, grillé. Comme les knedlíky de la svíčková tchèque (en japonais), chaque culture du pain est profondément liée à sa cuisine. Grillé, le pain gagne en fermeté et devient une base solide, mais l’acidité et le goût de céréale du seigle ne se retrouvent pas. Pour profiter durablement du smørrebrød, gardez du pumpernickel en réserve ou essayez la recette maison ci-dessus.
Q2. Peut-on manger le smørrebrød à la main ?
Au Danemark, dans les occasions formelles, on le mange avec couteau et fourchette. Les garnitures sont empilées haut et s’effondrent si on le soulève. À la maison, en revanche, inutile de s’en soucier, même si couteau et fourchette restent plus pratiques. Pour couper, enfoncez la lame verticalement : en la faisant glisser, la garniture s’échappe.
Q3. Peut-on préparer à l’avance ?
On peut beurrer le pain jusqu’à 2 heures à l’avance. Mais une fois garni, mangez-le dans les 30 minutes : le pain prend l’humidité avec le temps. Pour servir beaucoup de smørrebrød lors d’une réception, beurrez à l’avance et garnissez juste avant l’arrivée des invités : c’est la méthode des professionnels.
Q4. Y a-t-il des smørrebrød faciles pour les enfants ?
Le smørrebrød à l’œuf (æggemad) est le plus apprécié des enfants. Sans curry et avec un peu plus de mayonnaise, il passe tout seul. La version fromage-confiture (voir la version petit-déjeuner) leur plaît aussi. Au Danemark, une tartine simple de pâté de foie et concombre est un classique de la boîte à déjeuner.
Q5. Quelle boisson servir avec le smørrebrød ?
Au Danemark, le compagnon du smørrebrød est l’aquavit, une eau-de-vie parfumée au carvi ou à l’aneth, parfaite avec le hareng. Côté bière, les danoises Carlsberg ou Tuborg sont des classiques. Comme pour la carbonade flamande (en japonais), l’alliance de la bière et de la cuisine est un pilier des tables d’Europe du Nord et de l’Ouest ; une lager fera très bien l’affaire. En vin, un riesling sec accompagne les smørrebrød au poisson, un pinot noir ceux à la viande.
Autres plats du monde où le pain est roi
Plats du monde où le pain tient le premier rôle
Comme le smørrebrød, voici des plats du monde bâtis autour du pain ou de la pâte.
En Europe
Fårikål (en japonais) — ragoût norvégien d’agneau et de chou. Nordique lui aussi, mais à l’opposé : le sommet de la soustraction
Burek (en japonais) — tourte bosnienne en pâte filo. La garniture est enveloppée de pâte fine, l’inverse du smørrebrød
Pierogi (en japonais) — raviolis polonais, plat national chéri en Europe centrale et orientale
Karjalanpiirakka (en japonais) — tourtes finlandaises au seigle, autre fleuron de la culture nordique du seigle
Au Moyen-Orient
Shawarma (en japonais) — pain pita garni libanais. « Poser » ou « envelopper » : deux cultures du pain
Falafels (en japonais) — croquettes libanaises de pois chiches, street food glissée dans le pita
Taboulé (en japonais) — salade libanaise au persil, excellente aussi en accompagnement de smørrebrød
Ailleurs
Bánh mì — sandwich vietnamien en baguette, exemple d’une culture du pain français réinventée en Asie du Sud-Est
Roti canai (en japonais) — pain plat malaisien, tradition de pains plats venue d’Asie du Sud
Sources
À propos des sources
Cet article s’appuie sur des livres de cuisine, des ouvrages sur la culture culinaire et des documents en langue anglaise. Les quantités et étapes sont adaptées à une cuisine domestique.
Hahnemann, Trina. Scandinavian Baking. Quadrille Publishing, 2014. https://www.trinahahnemann.com/ — Recettes de pains et pâtisseries nordiques, dont plusieurs pains de seigle