Cinq heures du matin en Malaisie, réveillé par le parfum de la coco
Kuala Lumpur, cinq heures du matin. Dans une ruelle encore plongée dans l’obscurité, les scooters s’arrêtent les uns après les autres devant un stand de hawker (vendeur de rue). Ce sont des gens venus acheter leur nasi lemak avant le travail : un petit paquet triangulaire enveloppé dans une feuille de bananier, vendu autour de 1,50 ringgit. Voilà à quoi ressemble un matin malaisien.
Le nasi lemak signifie en malais quelque chose comme « riz riche » ou « riz crémeux » — lemak désigne l’onctuosité qu’apporte la coco —, mais il est bien plus que son nom. On le présente très souvent comme le plat national officieux de la Malaisie. Né comme petit-déjeuner, il se mange aujourd’hui midi et soir, au restaurant comme au stand de rue : un vrai plat du quotidien pour tout un pays.
Le nasi lemak figure régulièrement dans les sélections internationales des grands plats d’Asie du Sud-Est, et pour cause : une seule assiette réunit féculent, protéines, gras, piquant, acidité et douceur dans un équilibre remarquable.
Dans cet article, nous vous expliquons comment préparer un nasi lemak convaincant avec un cuiseur à riz et des ingrédients faciles à trouver. C’est une approche du riz très différente d’autres plats d’Asie du Sud-Est, comme le nasi goreng (en japonais) ou le riz gapao (en japonais). Pour découvrir une autre Malaisie, celle des forêts du Sarawak et de la cuisson dans le bambou, l’ayam pansuh (en japonais), poulet cuit à l’étouffée avec citronnelle et gingembre, montre un tout autre visage régional.
Autre plat de riz, le nasi kerabu (en japonais) de la côte est, au Kelantan, superpose herbes, poisson grillé et sambal à la noix de coco : une construction d’assiette bien différente. C’est l’étape suivante idéale si vous voulez explorer la cuisine malaisienne à partir du parfum de la coco.
Et pour prolonger le petit-déjeuner par une douceur malaisienne, un petit morceau de kuih lapis (en japonais), qui reprend lui aussi le parfum de la coco, relie le stand de rue à l’heure du thé familiale.

Ingrédients pour 4 personnes
Riz au lait de coco (nasi)
| Ingrédient | Quantité | Substitutions et remarques |
|---|---|---|
| Riz (riz thaï ou jasmin) | 2 gō (300 g) | 1 gō = 180 ml de riz cru. Le riz japonais convient aussi, mais le riz thaï donne des grains plus détachés, plus authentiques |
| Lait de coco | 200 ml | En brique ou en boîte |
| Eau | 200 ml | Avec le lait de coco, elle forme le volume de liquide habituel pour cuire le riz |
| Feuilles de pandan | 2 | Nouées et posées dans le cuiseur. À défaut, 2 à 3 gouttes d’extrait de vanille |
| Gingembre (tranches fines) | 2 tranches | Pour le parfum. À retirer après la cuisson |
| Sel | 1/2 c. à café | — |
Le pandan (Pandanus amaryllifolius) est surnommé la « vanille » de l’Asie du Sud-Est pour le parfum doux de ses feuilles. On en trouve surgelées dans les épiceries asiatiques et en ligne. À défaut, 2 à 3 gouttes d’extrait de vanille donnent une approximation. Certaines épiceries vendent aussi de l’essence de pandan (extrait concentré).
Sambal (pâte pimentée)
| Ingrédient | Quantité | Substitutions et remarques |
|---|---|---|
| Piments rouges séchés | 8–10 | Épépinés et trempés 10 minutes. Tout petit piment rouge séché convient |
| Échalotes | 4 | Ou 1/2 oignon ordinaire |
| Ail | 3 gousses | — |
| Crevettes séchées | 2 c. à soupe | Ou d’autres petites crevettes séchées. Rayon chinois des épiceries asiatiques |
| Pâte de tamarin | 1 c. à soupe | À défaut, 1/2 c. à soupe de purée d’umeboshi (prune salée japonaise) + 1 c. à café de jus de citron |
| Sucre | 1 c. à soupe | — |
| Sel | 1/2 c. à café | — |
| Huile végétale | 3 c. à soupe | — |
Garnitures
| Ingrédient | Quantité | Substitutions et remarques |
|---|---|---|
| Petits poissons séchés (alevins séchés type shirasu, ou ikan bilis) | 50 g | Sur place, on utilise l’ikan bilis (petits anchois séchés frits). Des alevins séchés poêlés jusqu’à être croustillants s’en approchent bien |
| Cacahuètes (non salées) | 50 g | Torréfiées à sec à la poêle |
| Concombre | 1 | En fines tranches. Indispensable pour rafraîchir le palais entre deux bouchées de sambal |
| Œufs durs | 4 | Bien cuits, coupés en deux pour le dressage |
| Huile végétale (pour frire) | 2 c. à soupe | Pour faire croustiller les petits poissons |
Valeurs nutritionnelles (estimation par portion, pour 4)
| Nutriment | Par portion (1/4 de la recette) |
|---|---|
| Énergie | 520 kcal |
| Protéines | 18 g |
| Lipides | 22 g |
| Glucides | 62 g |
| Fibres | 3 g |
| Sodium | 680 mg |
Ce plat contient des œufs, des fruits à coque/arachides (cacahuètes) et des crustacés (crevettes séchées). En cas d’allergie à l’arachide, remplacez les cacahuètes par des noix de cajou ou des amandes grillées nature. On peut omettre les crevettes séchées, mais le sambal perd un peu de profondeur.
Préparation
Le nasi lemak se prépare en plusieurs éléments : le riz au lait de coco, le sambal et les garnitures, que l’on réunit au moment du dressage. Avec un cuiseur à riz, le riz cuit tout seul, et vous en profitez pour préparer le sambal et les garnitures : c’est une organisation efficace.
Étape 1 : Cuire le riz au lait de coco (40 min)
Rincez les 2 gō de riz et mettez-les dans la cuve du cuiseur. Ajoutez 200 ml de lait de coco, 200 ml d’eau et 1/2 c. à café de sel, puis mélangez légèrement. Nouez les 2 feuilles de pandan, posez-les sur le riz et ajoutez les 2 tranches fines de gingembre. Lancez la cuisson en mode normal.

En fin de cuisson, vérifiez que le riz est gonflé et sans cœur dur, retirez le pandan et le gingembre, puis aérez délicatement le riz à la spatule. Refermez et laissez reposer 10 minutes : le parfum de la coco se diffuse dans tout le riz.
Le gras du lait de coco fait facilement déborder un cuiseur à riz. Mettez un peu moins de liquide que d’habitude (lait de coco + eau ≈ 95 % du volume d’eau normal) pour éviter les débordements. Essuyez le couvercle intérieur juste après la cuisson : l’odeur de coco ne restera pas à la cuisson suivante.
Étape 2 : Préparer le sambal (20 min)
Épépinez les 8 à 10 piments rouges séchés et faites-les tremper 10 minutes dans de l’eau tiède pour les ramollir. Égouttez-les, puis mixez-les grossièrement au robot avec les 4 échalotes, les 3 gousses d’ail et les 2 c. à soupe de crevettes séchées.
Chauffez 3 c. à soupe d’huile végétale à feu moyen dans une poêle et ajoutez la pâte. Faites-la revenir 10 à 12 minutes à feu doux à moyen, jusqu’à ce que l’huile se sépare.

Quand l’huile devient rouge et qu’une pellicule d’huile remonte à la surface de la pâte (les Malaisiens disent pecah minyak, « l’huile se casse »), ajoutez 1 c. à soupe de pâte de tamarin, 1 c. à soupe de sucre et 1/2 c. à café de sel, puis faites revenir encore 2 minutes.
Retirer les graines des piments réduit le piquant de plus de moitié. Si c’est encore trop fort, ne mettez que 5 piments et ajoutez 1 c. à soupe de paprika en poudre pour la couleur. À l’inverse, pour plus de feu, gardez les graines ou ajoutez de petits piments séchés.
Étape 3 : Préparer l’ikan bilis (petits poissons frits) et les cacahuètes (5 min)
Chauffez 2 c. à soupe d’huile végétale à feu moyen dans une poêle et ajoutez 50 g de petits poissons séchés. Faites-les revenir 3 à 4 minutes, jusqu’à ce qu’ils soient croustillants. Ils doivent brunir et se casser net quand on les saisit avec des baguettes.

Dans une autre poêle (ou la même, essuyée), faites griller à sec 50 g de cacahuètes 5 minutes à feu doux. Secouez la poêle sans arrêt pour ne pas les brûler et retirez-les du feu dès qu’elles sont légèrement dorées.
Coupez le concombre en fines tranches et les 4 œufs durs en deux.
Étape 4 : Dresser (3 min)
Si vous avez une feuille de bananier, posez-la sur l’assiette (ce n’est pas obligatoire). Moulez le riz au lait de coco en dôme et disposez autour le sambal, les petits poissons croustillants, les cacahuètes grillées, le concombre en tranches de 2 mm et les œufs durs.

Posez le sambal à côté du riz et mélangez-en un peu à chaque bouchée. Le croquant des cacahuètes, la fraîcheur du concombre, le piquant sucré du sambal, le parfum généreux du riz à la coco : c’est quand tous ces éléments se rencontrent en bouche que l’on comprend vraiment le nasi lemak.
Les clés de la réussite

On distingue le lait de coco de première pression, plus riche, et celui de deuxième pression, plus léger. Les laits de coco en brique courants sont proches de la première pression. Un lait de coco en boîte convient aussi, mais diluez-le à moitié avec de l’eau pour que le riz ne soit pas trop lourd.
Le sambal se garde 2 semaines au réfrigérateur et 2 mois au congélateur. En doublant la recette, vous l’utiliserez aussi pour assaisonner des sautés, en sauce sur du poisson grillé ou comme base d’un nasi goreng (en japonais).
L’ikan bilis authentique, ce sont de petits anchois séchés puis frits. Les alevins séchés vendus au Japon sous le nom de shirasu (souvent des alevins d’anchois ou de sardines) donnent, une fois poêlés jusqu’à être croustillants, une texture et un goût très proches. Comme les crevettes séchées dans un pad thaï (en japonais), les produits secs se révèlent d’excellents substituts en cuisine d’Asie du Sud-Est.
À la casserole : laissez tremper le riz 30 minutes, ajoutez lait de coco, eau, pandan et gingembre, portez à ébullition à feu vif, puis couvrez et laissez cuire 15 minutes à feu doux. Éteignez et laissez reposer 10 minutes. Remuez de temps en temps le fond pour éviter que ça attache.
Variantes

Nasi lemak ayam goreng (au poulet frit)
C’est l’une des variantes les plus populaires dans les restaurants malaisiens. Faites mariner des cuisses de poulet avec 1 c. à café de curcuma, 1/2 c. à café de sel et 1 gousse d’ail râpée, enrobez-les de fécule de pomme de terre et faites-les frire 8 à 10 minutes dans une huile à 170 °C. Le poulet croustillant avec le sambal : on dépasse largement le simple petit-déjeuner.
Nasi lemak rendang (au rendang de bœuf)
Le rendang (bœuf mijoté aux épices et à la coco) compte parmi les plats les plus célèbres de la région. Avec une pâte de rendang du commerce, vous pouvez associer nasi lemak et rendang pour un petit-déjeuner malaisien des grands jours. Le rendang demande 2 heures de mijotage dans une autre cocotte : préparez-le la veille pour un matin tranquille.
Version douce (pour les enfants)
Supprimez le sambal et servez à la place une sauce sucrée-salée faite de 2 c. à soupe de ketchup et 1 c. à café de sauce soja. Riz à la coco, petits poissons croustillants, cacahuètes et concombre suffisent à faire une assiette délicieuse, qui plaît beaucoup aux enfants.
Nasi lemak à la japonaise
Cuisez le riz avec 200 ml de lait de soja à la place du lait de coco pour une note plus japonaise. Remplacez le sambal par 2 c. à café de yuzu kosho (pâte de piment au yuzu) et gardez les alevins séchés tels quels. Comme le bánh mì, c’est un exemple de rencontre entre ingrédients d’ici et d’ailleurs qui donne un goût nouveau.
Le contexte — une assiette au cœur de la table malaisienne

Un plat partagé au-delà des frontières
Le nasi lemak n’appartient pas qu’à la Malaisie. On le mange aussi couramment à Singapour, à Brunei et dans d’autres régions de culture malaise, et la question de savoir à qui revient ce patrimoine culinaire suscite régulièrement des discussions entre voisins.
Ces débats disent beaucoup de la complexité des cultures culinaires d’Asie du Sud-Est. Le nasi lemak est un plat traditionnel des populations malaises de la péninsule et de l’archipel, un espace aujourd’hui partagé entre plusieurs États. Les cuisines sont plus anciennes que les frontières.
Un peu d’histoire
Les plats à base de coco se retrouvent dans toute l’Asie du Sud-Est, et le lait de coco est aussi indispensable dans la cuisine indonésienne (en japonais). L’une des mentions écrites les plus anciennes souvent citées pour le nasi lemak se trouve dans The Circumstances of Malay Life (1909), un texte de l’époque coloniale britannique dû à l’orientaliste Richard Olaf Winstedt, qui y décrit le riz cuit au lait de coco parmi les habitudes alimentaires malaises.
La tradition est sans doute bien plus ancienne que ce texte. La coco est utilisée depuis très longtemps dans la péninsule malaise, et les échanges avec l’Inde ont contribué à affiner l’usage des épices.
On raconte souvent que le nasi lemak est né comme petit-déjeuner des paysans : un repas économique où un riz à la coco, quelques petits poissons et un peu de sambal suffisaient à tenir jusqu’au soir.
Un goût aimé par toutes les communautés
La Malaisie d’aujourd’hui est un pays multiethnique : les Bumiputera (Malais et peuples autochtones) représentent environ 70 % de la population, les Malaisiens d’origine chinoise environ 23 % et ceux d’origine indienne environ 7 %. Le nasi lemak est l’un des rares plats que toutes ces communautés partagent.
Les accompagnements varient d’un stand et d’une famille à l’autre : poulet frit, curry de poulet épicé, rendang ou ikan bilis… Un même nasi lemak peut changer de visage selon qui le prépare, et c’est là toute la richesse de la culture culinaire malaisienne.
Questions fréquentes

Lait de coco en boîte ou en brique ?
Les deux conviennent, mais la brique est plus facile à finir. Le lait de coco en boîte peut être très concentré : diluez-le à moitié avec de l’eau. Le reste se congèle (pratique dans un bac à glaçons).
Riz thaï ou riz japonais ?
Le riz thaï (jasmin) donne un résultat plus authentique : ses grains longs et détachés s’accordent bien avec le lait de coco. Le riz japonais fonctionne aussi, mais le résultat est plus collant, presque comme une bouillie épaisse. Dans ce cas, réduisez l’eau de 10 à 15 %.
Peut-on se passer du sambal ?
Le sambal est l’« âme » du nasi lemak : sans lui, c’est un autre plat. Si vous craignez le piquant, remplacez-le par une sauce chili douce du commerce, ou mettez moins de piments et plus de sucre dans le sambal. Pour d’autres plats où le piquant est la vedette, la chakchouka (en japonais) du Moyen-Orient ou les köfte (en japonais) turcs aident aussi à apprendre à doser le piquant.
Où trouver des feuilles de bananier ?
On en trouve surgelées dans les épiceries asiatiques et en ligne. La feuille de bananier apporte du parfum et de l’allure, mais n’influence pas beaucoup le goût. On peut tout à fait s’en passer.
Peut-on préparer à l’avance ?
Le riz au lait de coco est meilleur tout juste cuit, mais reste bon froid. Le sambal et les petits poissons croustillants se préparent à l’avance (1 à 2 semaines au réfrigérateur) : à la malaisienne, on s’organise pour n’avoir plus que le riz à cuire le matin.
Sources
Les informations en japonais sur la cuisine malaisienne étant limitées, cet article s’appuie principalement sur des sources en anglais.
- CNN Travel. "World's 50 Best Foods" (https://edition.cnn.com/travel/article/worlds-best-food-2024) consulté en 2026. Classements et appréciations de plats du monde.
- Winstedt, R.O. The Circumstances of Malay Life, 1909 (https://www.jstor.org/journal/jstrbroyaasia) consulté en 2026. L’un des plus anciens témoignages en anglais sur l’alimentation malaise.





